Billet du Secrétaire Général : OCTOBRE 2015 : L’ECOLE FRANCAISE FACE A UNE CRISE MAJEURE

Jean-Claude HALTER

REFORME DU COLLEGE NOUVEAUX PROGRAMMES : UNE POLITIQUE DU PIRE.

Derrière l’écran des médias largement convoqués, la réforme du collège est l’épisode nouveau d’une politique suivie depuis près d’un demi-siècle et depuis toujours dénoncée par la CSEN: toujours moins de contenus, toujours plus d’inégalité entre les établissements, l’affichage criard d’ambitions sociales, laïques et républicaines qu’on abandonne un peu plus chaque fois. Toujours, enfin, l’indifférence pour l’avis de personnels savants mais infantilisés, dont on ne veut pas voir la dégradation des métiers et du statut social. Avec l’éclatement résolu des cadres d’enseignement, le décret de mai dernier rend le mal irréparable. En ce mois d’octobre, les nouveaux programmes de la maternelle à la sixième, soulignent hélas la « cohérence » de la démarche.

Aussi l’Ecole est-elle bien dans un état de crise majeure. A la nature de la réforme, imposée, s’ajoute que le ministère parle tout seul. Depuis mai, il n’y a plus de dialogue social.

AUTOCRATIE FRANCAISE :

Le ministère réduit à sa cellule de communication, fait croire que la réforme vient du «terrain». C’est un mensonge. D’abord, les inspections et directions d’établissements, comme les professeurs voient désormais que cette réforme est inapplicable dans le cadre réel d’un collège et des écoles qui lui sont liées. Ensuite, personne n’est dupe du discours sur les « consultations » préalables. Il ne trompe que l’opinion, mais c’est l’objectif. On a joué un tour de passe-passe : on a greffé sur les conclusions de la « Refondation » et au nom de la loi prise en conséquence, une réforme qui n’en tient pas compte. La réforme est autocratique, comme le devient le pouvoir. Pourtant des personnalités éminentes se sont publiquement élevées contre la réforme du collège : des professeurs d’école, de collège, de lycée, de classe préparatoire ou d’université, des chercheurs, écrivains, journalistes ou scientifiques, l’Académie française toute entière ! Avec un mépris de souverain d’avant les Révolutions, le ministère a dénié les moindres légitimité et pertinence à ces critiques. Ultime projet de « pédagogues » illuminés, cette réforme et l’essentiel des programmes réformés eux-aussi, ne recherchent ni l’intérêt des élèves ni le bonheur professionnel des enseignants. Elle est le bon plaisir du maître, et elle est sans aucun lien avec les réalités d’un « terrain » dont les vrais acteurs sont autant écoutés que l’étaient les serfs par leur seigneur. Elle fait de l’Ecole, une fois encore un hochet politique. Cela fait quarante ans que cela dure.

L’ECOLE : UN HOCHET POLITIQUE ;

L’Ecole n’aurait jamais dû être le placebo social qu’on en a fait, depuis un demi-siècle. Si elle a survécu aux réformes, c’est par la qualité morale de ses agents. Mais devant les enjeux tragiques de ce début de siècle, elle ne peut en tout cas pas servir plus longtemps de machine à illusion des masses. Elle a besoin de stabilité, parce qu’elle a besoin d’être vraie. Elle a besoin de parler un langage clair et simple. L’exposé et le contenu de ses programmes doivent renoncer aux jargons qui font savant pour viser la compréhension de tous, élèves et parents. Elle doit enfin admettre la nécessité d’adapter ses parcours à la diversité des publics. Elle doit enseigner le français et la France, les langues étrangères et l’universalité. Elle doit redevenir notre creuset national : nous sommes désormais inscrits dans une ère de grandes migrations, et le pays doit se préparer à assimiler des populations toujours plus nombreuses et étrangères à son histoire. Comme le dit justement la lettre ouverte à la ministre d’un collège parisien: «En accordant une place essentielle à ce qui est accessoire, votre réforme éloigne les professeurs de leur mission première : la transmission de savoirs et de méthodes dont ils sont spécialistes[…] elle met à mal leur capacité à enseigner à tous les élèves ce qui fait proprement l’âme de notre pays : un bagage culturel unique, qui se transmet encore tant que la jeune génération peut marcher sur les traces de ses anciens, en suivant des programmes attachés à une brillante tradition intellectuelle et universitaire» ? Le SNALC, le SNE, ont multiplié les exposés critiques sur cette réforme. La CSEN a un projet alternatif connu pour le lycée, le collège, c’est celui du SNALC, le projet pour l’école du SNE va être publié incessamment.

La CSEN veut rouvrir (ouvrir, serait plus juste) le débat. Mais il ne peut pas exister sans le retrait immédiat des textes de mai.

Aussi, la CSEN est-elle à la pointe du combat. Elle se félicite de voir adopté son projet initial d’une grande manifestation nationale, ouverte à tous ceux qui ont manifesté leur refus de cette réforme, ou veulent le faire.

Elle appelle tous les citoyens de notre pays qui le pourront à rejoindre massivement la manifestation organisée par l’intersyndicale d’organisations représentant 80 % des agents de notre ministère : tous à Paris le samedi 10 octobre !