LA CSEN: force de revendication, de contestation, mais aussi, et c’est important, force de proposition !

Un bref retour sur l’histoire de notre confédération nous a ramené au principe : la volonté des syndicats de l’enseignement public qui se reconnaissaient dans une même idée de l’Ecole. Elle est marquée par l’exigence de la transmission des savoirs, par la nécessité de porter avec eux et par eux la culture de notre pays et les valeurs de la République. Elle pose que cela n’est possible qu’avec la défense intransigeante du respect des personnes qui la servent, dans leurs classes, leurs cours, leurs laboratoires et leurs bureaux.

Contre une pédagogie qui ne cesse de confondre enseignement et animations d’éveil, contre une machine à illusions qui a confondu ouverture des enseignements supérieurs et délivrance de diplômes, démocratisation et massification, la CSEN depuis plus de trente ans défend l'idée que la mission première de l’école est de transmettre des savoirs, et les clefs de leur invention. Cette double transmission seule permet aux élèves, aux étudiants, d’acquérir rigueur de pensée et esprit critique. Ces deux armes font d’eux des femmes et des hommes éclairés et par là des citoyens lucides et responsables. Elles leur donnent la liberté de jugement. Seule cette liberté les rend capables d'intégrer une société adulte et un monde professionnel qu'ils pourront l'une et l'autre transformer, enrichir, transmettre.

Jean BORIES, premier secrétaire général de la CSEN, écrivait en 1984 :
"La CSEN entend bien affirmer la prééminence de l’effort par rapport au laxisme, de l’acquisition des connaissances par rapport à la fantaisie éducative, de la culture par rapport au SMIG intellectuel.
Face à ceux qui prétendent que l’école ne peut se concevoir qu’en l’absence de toute contrainte, la CSEN rappelle que la compétition bien conçue est un gage d’émulation et de réussite et que, à l’époque où la crise frappe de plein fouet les divers secteurs de notre vie économique, laisser croire à des jeunes qu’il n’est nullement nécessaire de travailler pour réussir est un acte criminel »

Ces forts propos doivent plus que jamais être entendus, au terme d'une « guerre scolaire de trente ans », où obstinément un modèle qui échouait était reconduit, sans guère de nuance, quelle que soit la couleur du pouvoir. Idéologie et fascination pour de prétendus « standards » internationaux, ont servi la fiction d'une démocratisation en permettant la gestion à moindre coût de la massification des enseignements secondaire et supérieur. Ce modèle et son hypocrisie, nous l'avons combattu, non sans succès partiels. C'est ainsi à nous que l'on doit l'inscription dans la loi du principe de liberté pédagogique du maître. Aujourd’hui, contre toute l'évidence de sa nocivité, une réforme du collège de gauche s'inscrit dans la ligne de la réforme du lycée, imposée par la droite il y a six ans. A un an d'élections majeures, où nécessairement la question scolaire va se trouver au centre du débat social, nous mesurons aussi combien l'évolution géopolitique de ces trente années a pu encore ajouter d'enjeux. Ainsi l'internationalisation des savoirs, et le réveil des grandes migrations imposent un « quitte ou double » à l'instruction publique dans le cadre national français, que personne ne semble entrevoir. Pour y répondre, encore faut-il proposer une façon d'enseigner aujourd’hui, sans rien perdre de ce que la France a inventé de bon en matière d' Ecole, hier.

Consciente de la tradition qu'elle porte, la CSEN en sait toute la modernité. Elle veut livrer au public le visage de cette modernité.
Le voici. Sous la forme d’un livre qui montre la volonté des syndicats de la CSEN à traiter l’ensemble du système éducatif, dans la continuité, de la maternelle au supérieur, avec pour seul but, la réussite de tous les élèves qui sont confiés à l’Education Nationale.

Jean-Claude Halter, Secrétaire général de la CSEN